HERO ECHO
Rap, Poitiers
Ouverte d’esprit, curieuse, et déterminée à faire la meilleure musique possible, Hero Echo est une rappeuse que l’on ne peut pas figer dans une case, une esthétique ou un courant.
C’est pourtant ce qu’ont essayé de faire ses détracteurs au moment de la sortie de son clip « Amazones » (2020) un manifeste féministe frontal qui ne pouvait laisser indifférent.
Suite à un buzz internet impressionnant, responsable de multiples PLS de mascus derrière leur écran, les trolls d’extrême droite ont multiplié les commentaires menaçants, tous autant racistes et misogynes les uns que les autres.
On revient avec Hero Echo sur cette histoire, mais on n’oublie pas de parler de son univers musical continuant d’exploser les barrières artistiques avec des angles d’écritures inattendus, qui explorent une diversité de sujets militants.
Propos recueillis par Polka B. & Reda


Comment as-tu commencé le rap ?
Hero Echo : Je n’en écoutais pas vraiment, jusqu’à ce que je rentre dans un collectif hip-hop. Je m’y suis mise sur le tard en vrai.
Mais j’ai toujours écrit depuis toute petite, plutôt de la poésie. J’avais vraiment envie de m’essayer au rap. Être compréhensible, parler dans un langage familier et m’en foutre. Faire des rythmes avec les syllabes aussi. Et ça a été le coup de foudre, il y a plus de 10 ans ! Maintenant je n’écris plus que ça.
Au fur et à mesure, j’ai pris mes distances avec le collectif, qui n’était pas vraiment ouvert aux meufs. Je me suis rapproché avec d’autres filles et on a monté un groupe :« les 4 sans crew ». Comme moi, elles n’avaient pas trop de légitimité alors on a rappé dans notre chambre… et on a kiffé ! Avec le temps, cela s’est peu délité.
Avec une de ces filles, on a monté un autre groupe en 2015 : les Chiennes Hi-Fi, dans un délire electroclash, kitsch, rap énervé ! C’était théâtralisé, bien rentre-dedans ! Le but c’était de faire n’importe quoi, se faire plaisir. On choquait les gars dans la salle, dans des concerts de rap assez classiques. C’était au même moment que les Vulves Assassines. Il y avait aussi des groupes comme Schlaasss, Ultramoule…
Tu as ensuite décidé de continuer en solo. Tu avais déjà en tête de rapper des textes au contenu engagé ?
C’est vrai qu’on me colle beaucoup cette étiquette de rappeuse militante. Avec les Chiennes Hi-Fi c’était déjà le cas. Alors qu’au final, on prenait juste des punchlines misogynes en les inversant, histoire de se marrer. Mais j’ai toujours plus ou moins fréquenté des milieux anars, avant même de rapper. Cela s’est fait naturellement.
La plupart des gens t’ont connu avec le clip de ton morceau « Amazones » sorti en décembre 2020. Tu peux nous en parler ?
Je l’avais écrit bien avant ça, mais entre temps il y a eu le confinement. En plus j’avais déjà tourné le clip… mais le réal avait perdu tous les rush ! Il a fallu tout retourner en entier, c’était un sacré bordel. « Amazones » est né des années plus tôt, car j’étais constamment en conflit avec les gars du collectif qui ne faisaient que de me rabaisser. J’étais vener, et le truc est sorti tout seul, je l’ai écrit en trente minutes.


Quand le clip est sorti, tu as subi une vague de cyberharcèlement assez hallucinante. C’était très violent, comment l’as tu vécu ?
C’est vrai que c’était violent, je n’étais pas du tout préparée à ça. Je n’avais pas du tout de prétention dans la musique. Je faisais du rap en tant que débutante. Dans ma tête c’était ça. Par contre, pour avoir déjà joué ce morceau en live à la Grée (ZAD de Notre-Dame-Des-Landes) j’avais vu que les gens réagissaient fort en l’écoutant. Alors je me suis dis que si je me saignais à faire un clip, ce serait pour ce morceau. Mais franchement je l’ai sorti avec le cœur, sans aucune ambition. C’était un délire entre potes. D’ailleurs il n’y a que des ami.es à moi dans la vidéo. C’était pour kiffer
Après, ce serait mentir de dire que je ne m’attendais pas à un petit retour de bâton mascu. Je l’espérais même, car le clip est assez provoc’… Mais franchement pas à ce point-là ! Au bout de 7 jours, j’ai subi un raid néo-nazi. Mais vraiment… Des potes m’ont appelé et m’ont dit que c’était sérieux. Certains de ceux qui s’en prenaient à moi avaient des mandats d’Interpol sur le dos pour des faits assez graves. Mes potes présent.es dans le clip étaient en train de vriller, iels voulaient que je le retire de ma chaîne. Bref, c’était un délire. Mes potes aussi étaient harcelé.es car tout le monde chante un peu mes paroles dans la vidéo, je ne suis pas vraiment identifiée.
Et puis, ils ont trouvé mon nom, ils ont sorti des photos de mon mari qui est arabe, il y a eu des appels au meurtre, il y avait des photos de mes enfants… Bref. Je pensais avoir sécurisé les infos sur moi, mais avec les réseaux sociaux tout finit par ressortir d’une manière ou d’une autre.
Bizarrement ce qui a été le plus dur à vivre, ce n’était pas les fachos. Plutôt les réactions des potes. Ça a généré beaucoup d’incompréhensions. Il y a des phases dans mon textes qui prêtaient à confusion, comme quand je dis « honneur à notre race ». C’était une façon de parler des femmes, mais c’est vrai que c’était hyper maladroit. Pour nous nuire, des fachos ont même repris cette phrase en disant qu’ils étaient « ok » avec nous ! Bref, j’ai eu un retour de bâton hyper violent de la part des potes présent.es dans le clip. C’était dur. Tellement que dans un premier temps, j’ai supprimé « Amazones » de Youtube.
On a beaucoup parlé de « bad buzz » au sujet de ce clip, mais au final, si cela gêne les faf, c’est plutôt bon signe, non ?
Je suis d’accord avec toi. Mais c’est allé quand même hyper loin au niveau médiatique. J’avoue que je m’en serais bien passée. J’ai donné une interview à Street Press, et ça a relancé le truc. Après, Marianne m’a appelé, même la chaîne Al Jazeera ! C’était dingue. Je voulais juste qu’on me laisse tranquille.
Comme je te disais, ce sont surtout le gens de mon milieu qui m’ont fait les critiques qui m’ont le plus atteint. Il y a eu un gros coup de projecteur sur « Amazones », alors tout le monde à commencé à regarder le clip comme si absolument tout était réfléchi. Alors que pas du tout !
On m’a reproché le fait de ne pas avoir assez représenté de personnes racisées, d’avoir des réflexions transphobes, de faire de la réappropriation culturelle… Je voulais juste faire un morceau avec les potes, ce n’était pas un casting ! Mais comme c’était visible, tout est devenu sujet à controverse. C’est la violence intracommunautaire qui m’a fait du mal.
Tu as quand même reçu pas mal de soutien !
C’est vrai. Mais quand tu reçois tant de négativité d’un coup, cela prend le pas sur le reste. J’ai pensé à changer de nom d’artiste, et même à arrêter le rap. Après, de l’eau a coulé sous les ponts.
Les potes sont redescendues, elles se sont excusées. J’ai repris les concerts avec les Chiennes Hi-Fi, et les gens ne savaient pas que j’étais Hero Echo. Et quand on a fait « Amazones », tout le monde s’est mis à chanter les paroles. C’est là où s’est fait le switch. Ça m’a redonné de l’énergie. La puissance du morceau m’a encouragé à persister dans la musique. C’était dur, mais au final, je me dis que les fafs ont fait office d’attachés de presse…
Le morceau « Imbaisable », c’était une réponse aux trolls du net ?
Oui ! Le mot avait été tellement employé dans les commentaires… C’était parfait. Je voulais me moquer de ce côté troll en le décrédibilisant. Mais bon, il n’y a pas eu tant de réactions à ce morceau. Ils étaient déjà passés à autre chose. C’est là que tu relativises. Leurs cibles changent, ça va très vite. Ces gens-là ont des activités vraiment très intéressantes…


En même temps, tu n’as jamais cherché à surfer sur cette polémique. Les morceaux que tu as sorti les années suivantes (comme « Lunettes ») sont très introspectifs. Et même au niveau musical, ils n’ont rien à voir.
Je n’ai jamais réfléchi en termes de buzz. Je veux juste faire la musique qui me plaît. Au moment de « Lunettes » j’étais obsédée par les sons de Laylow, alors je me suis mise dans la vibe trap digitale. Mais c’est vrai que c’est chiant, car pour les gens, je suis « la meuf qui a fait Amazones ». Pour te dire, j’avais été programmée à un festival. Et France Info avait fait un article sur internet en titrant : « la rappeuse menacée par les néo-nazis sur la scène du festival ». C’est aussi pour ça que j’ai envie de partir sur autre chose…
Arrives-tu à percevoir quel est le public qui te suit ?
Inconsciemment, je pense que j’ai toujours voulu conquérir le public rap. J’avais ce truc du syndrome de l’imposteur, comme je n’en écoutais pas. J’avais besoin d’une forme de reconnaissance. Je pense que c’est toujours ce qui me mène aujourd’hui. Ce qui est un peu con, mais c’est comme ça.
Pour répondre à ta question, il peut y avoir des confusions. Parfois on me programme par rapport à « Amazones », et quand je commence mon set, cela n’a vraiment rien à voir. Il y a de l’autotune, c’est très imagé, sombre, certains passages sont carrément étranges… Bref ce n’est pas le côté frontal que certaines personnes attendent.
Il y aussi les titres « Imbaisable » et « Saint-Jean »… Mais c’est tout ! Le reste, ce n’est que du dark ! Je le ressens. Le public est un peu dérouté. C’est dommage, car pour moi ce n’est pas moins militant de parler de santé mentale.


Quels sont tes objectifs aujourd’hui ?
Continuer à faire la meilleure musique possible. Continuer à progresser. Je suis toujours un jeune padawan. Je veux faire de nouveaux flows, déconstruire mon style…
C’est actuel ce que je fais, mais ce n’est pas novateur. Ce n’est pas Ptite Soeur par exemple ! Je ne cherche pas à révolutionner quoi que ce soit, mais j’ai envie de surprendre avec des choses que les gens n’ont pas forcément entendu.
Tu peux nous laisser avec des morceaux qui t’ont accompagné dernièrement ?
Le dernier album de Luther : Exit. Je l’ai saigné de ouf. Je suis obsessionnelle avec la musique ! En ce moment c’est Pretty Dollcorpse, je le mets clairement en boucle.
