HERO ECHO

HERO ECHO


Rap, Poitiers

Ouverte d’esprit, curieuse, et déterminée à faire la meilleure musique possible, Hero Echo est une rappeuse que l’on ne peut pas figer dans une case, une esthétique ou un courant.

C’est pourtant ce qu’ont essayé de faire ses détracteurs au moment de la sortie de son clip « Amazones » (2020) un manifeste féministe frontal qui ne pouvait laisser indifférent.

Suite à un buzz internet impressionnant, responsable de multiples PLS de mascus derrière leur écran, les trolls d’extrême droite ont multiplié les commentaires menaçants, tous autant racistes et misogynes les uns que les autres.

On revient avec Hero Echo sur cette histoire, mais on n’oublie pas de parler de son univers musical continuant d’exploser les barrières artistiques avec des angles d’écritures inattendus, qui explorent une diversité de sujets militants.

Propos recueillis par Polka B. & Reda 

Comment as-tu commencé le rap ?

Tu as ensuite décidé de continuer en solo. Tu avais déjà en tête de rapper des textes au contenu engagé ?

C’est vrai qu’on me colle beaucoup cette étiquette de rappeuse militante. Avec les Chiennes Hi-Fi c’était déjà le cas. Alors qu’au final, on prenait juste des punchlines misogynes en les inversant, histoire de se marrer. Mais j’ai toujours plus ou moins fréquenté des milieux anars, avant même de rapper. Cela s’est fait naturellement. 

La plupart des gens t’ont connu avec le clip de ton morceau « Amazones » sorti en décembre 2020. Tu peux nous en parler ?

Je l’avais écrit bien avant ça, mais entre temps il y a eu le confinement. En plus j’avais déjà tourné le clip… mais le réal avait perdu tous les rush ! Il a fallu tout retourner en entier, c’était un sacré bordel. « Amazones » est né des années plus tôt, car j’étais constamment en conflit avec les gars du collectif qui ne faisaient que de me rabaisser. J’étais vener, et le truc est sorti tout seul, je l’ai écrit en trente minutes. 

Quand le clip est sorti, tu as subi une vague de cyberharcèlement assez hallucinante. C’était très violent, comment l’as tu vécu ?

On a beaucoup parlé de « bad buzz » au sujet de ce clip, mais au final, si cela gêne les faf, c’est plutôt bon signe, non ?

Je suis d’accord avec toi. Mais c’est allé quand même hyper loin au niveau médiatique. J’avoue que je m’en serais bien passée. J’ai donné une interview à Street Press, et ça a relancé le truc. Après, Marianne m’a appelé, même la chaîne Al Jazeera ! C’était dingue. Je voulais juste qu’on me laisse tranquille.

Comme je te disais, ce sont surtout le gens de mon milieu qui m’ont fait les critiques qui m’ont le plus atteint. Il y a eu un gros coup de projecteur sur « Amazones », alors tout le monde à commencé à regarder le clip comme si absolument tout était réfléchi. Alors que pas du tout !

On m’a reproché le fait de ne pas avoir assez représenté de personnes racisées, d’avoir des réflexions transphobes, de faire de la réappropriation culturelle… Je voulais juste faire un morceau avec les potes, ce n’était pas un casting ! Mais comme c’était visible, tout est devenu sujet à controverse. C’est la violence intracommunautaire qui m’a fait du mal. 

Tu as quand même reçu pas mal de soutien !

C’est vrai. Mais quand tu reçois tant de négativité d’un coup, cela prend le pas sur le reste. J’ai pensé à changer de nom d’artiste, et même à arrêter le rap. Après, de l’eau a coulé sous les ponts.

Les potes sont redescendues, elles se sont excusées. J’ai repris les concerts avec les Chiennes Hi-Fi, et les gens ne savaient pas que j’étais Hero Echo. Et quand on a fait « Amazones », tout le monde s’est mis à chanter les paroles. C’est là où s’est fait le switch. Ça m’a redonné de l’énergie. La puissance du morceau m’a encouragé à persister dans la musique. C’était dur, mais au final, je me dis que les fafs ont fait office d’attachés de presse…

Le morceau « Imbaisable », c’était une réponse aux trolls du net ?

Oui ! Le mot avait été tellement employé dans les commentaires… C’était parfait. Je voulais me moquer de ce côté troll en le décrédibilisant. Mais bon, il n’y a pas eu tant de réactions à ce morceau. Ils étaient déjà passés à autre chose. C’est là que tu relativises. Leurs cibles changent, ça va très vite. Ces gens-là ont des activités vraiment très intéressantes…

En même temps, tu n’as jamais cherché à surfer sur cette polémique. Les morceaux que tu as sorti les années suivantes (comme « Lunettes ») sont très introspectifs. Et même au niveau musical, ils n’ont rien à voir.

Arrives-tu à percevoir quel est le public qui te suit ?

Quels sont tes objectifs aujourd’hui ?

Continuer à faire la meilleure musique possible. Continuer à progresser. Je suis toujours un jeune padawan. Je veux faire de nouveaux flows, déconstruire mon style…

C’est actuel ce que je fais, mais ce n’est pas novateur. Ce n’est pas Ptite Soeur par exemple ! Je ne cherche pas à révolutionner quoi que ce soit, mais j’ai envie de surprendre avec des choses que les gens n’ont pas forcément entendu.

Tu peux nous laisser avec des morceaux qui t’ont accompagné dernièrement ?

Le dernier album de Luther : Exit. Je l’ai saigné de ouf. Je suis obsessionnelle avec la musique ! En ce moment c’est Pretty Dollcorpse, je le mets clairement en boucle.