THÉA
Cheveux blonds, la gueule en bataille, cramée comme Hannah Montana, voici Théa ! Enfant d’internet, de la rave et surtout productrice acharnée. Dans les bas-fonds parisiens comme sur la scène d’un cabaret, l’énergie reste constante. Alliant rap, electro et pop punk, Théa nous sert des cocktails molotov digitaux tout en reliant éhontément Linkin Park à Katy Perry…
A l’occasion de la sortie de son dernier EP Paname Oestros Poubelle découvrons ensemble qui est Théa !
| Propos recueillis par Ninofutur.
Commençons par le commencement, comment est né le projet Théa ?
Qu’est-ce qui t’as poussé à sortir tes premiers sons sous ton blase ?
J’ai commencé assez jeune à poster des sons sur Youtube sous le nom de Théa qui est juste mon prénom. A onze ans je trafiquais déjà GarageBand. Les choses sont concrétisées après le confinement avec mes premières scènes, notamment un concert au marbré (Squat montreuillois NDR), ça a été ma première scène avec Adlib qui m’accompagne à la gratte.
Avant, j’avais fait quelques concerts seule au LAP (Lycée autogéré de Paris NDR) où je faisais mes chansons à la guitare et aux machines. Le fait d’avoir un guitariste maintenant me permet de bien plus travailler ma voix et de simplifier les morceaux.
Ton dernier EP cinq titres Paname Oestros Poubelle, sorti en Novembre 2023 est un beau condensé de styles, de l’emo au rap actuel en passant le pop punk et la musique de club. Tu écoutes quoi au quotidien ? Penses-tu être parvenue à créer ton son ?
J’écoute essentiellement du rap. En ce moment je découvre Katy Perry dont je me moquais quand j’étais plus jeune mais en fait ça tabasse !
Cet EP c’est aussi un gros hommage à tout ce que j’écoutais quand j’étais jeune : The Offspring, Sum 41… La musique qui se veut hard mais qui est plus pop qu’autre chose. Je trouve que l’EP colle vraiment à cette scène là en terme de mélodie et d’énergie. On est une génération qui a accès à tout avec internet et où les styles nous paraissent moins « cloisonnés ».
Si tu peux nous expliquer au passage pourquoi avoir opté pour « Paname Oestros Poubelle » ?
Au départ il devait s’appeler « Poubelle Musique » pour le côté déchet humain, rat des villes. Je voulais un nom qui claque et qui renvoie à l’image de petite trash qui traîne dans les caves.
C’est également mon disque le plus pop et j’y parle beaucoup de Paris, je voulais que ça sonne grandiose et décadent comme la ville. C’est un pote qui m’a suggéré « Paname Oestros Poubelle » parce que ça fait P.O.P.
C’est vrai que Paris est une entité qui revient dans énormément de tes textes, comme une sale relation toxique installée depuis trop longtemps. Que représente cette ville pour toi ?
En tant que meuf qui a toujours vécu en banlieue, j’ai vraiment découvert Paname à l’adolescence. C’est la ville des soirées. On traînait en ville. Maintenant avec la musique c’est pareil, j’ai l’impression de ne pas appartenir à la ville mais d’y être tout le temps, dans les clubs, les caves. Donc oui c’est comme une relation toxique, mais c’est là où j’ai mes meilleurs souvenirs et mes meilleures soirées. Si c’est également tout ce que je peux rejeter, je reste attaché à son agitation…
Beaucoup de tes textes sont également en lien avec l’ivresse, l’altération de la réalité, les addictions et autres substances dont on taira le nom.
Te sens-tu libre de parler librement de ton rapport à tout ça ? Est-ce le même type de rapport qu’avec ta ville ?
Tout ça est en lien avec cette période là: les première soirées etc… C’est cool, c’est des moments hors du temps, mais assez destructeurs.
Aucune envie d’en faire l’apologie, même je me trouve encore un peu ambivalente là-dessus.
Je trouve ça à la fois crade et beau. J’ai une vraie relation d’amour/haine avec ça donc logique que ça fasse partie de mes textes.
Tes morceaux sont très riches, beaucoup d’éléments digitaux, de glitchs et de traitements particuliers au mix. Comment évolue la composition d’un morceau ?
Tout part toujours de quelque chose de très brut, une mélodie, un refrain… Ensuite les choses se déroulent très vite. J’écris beaucoup et souvent donc les textes viennent rapidement. C’est un process que j’ai du mal à partager encore. Je préfère m’entourer pour l’après : le mix, l’editing. Une fois le morceau brut terminé, on peut rajouter des couches et des couches d’effets digitaux pour tout transformer. Le plus dur dans tout ça c’est que ça puisse rendre bien sur scène.
Justement, la scène a l’air d’être quelque chose d’important pour toi. Comment tu adaptes tes sons à l’énergie du live ?
Si le morceau fonctionne sur une base de démo brute, il fonctionnera. Il faut trouver le juste milieu pour l’adapter à deux. On a simplifié pas mal de morceaux. Sur scène, il faut qu’on comprenne tes textes, tes mélodies et ton gros kick ! Je modifie beaucoup ma voix. Le plus dur en live c’est de retrouver l’énergie du débordement des morceaux studio, et pouvoir exister malgré le fait qu’on soit entourés de séquences.
Tu me parlais de ta période Sum 41, Offspring… Te sens-tu en lien avec la scène punk/D.I.Y actuelle ? De quelle scène te sens-tu la plus proche actuellement ?
Je pense que mon dernier projet, c’est un peu ça. Je m’enregistre et me mixe toute seule, j’essaie malgré tout de faire les choses professionnellement, pour montrer que tu peux faire les choses bien sans forcément sortir d’un label ou quoi.
Je me sens en lien avec beaucoup de scènes différentes mais je ne me sens pas appartenir à une en particulier. Que ce soit les pop-stars DIY, ou les grosses orgas type free party, ce sont des projets avec des démarches différentes mais qui parlent à du monde.
Tu es une « enfant de la rave » ?
Je suis allé quelques fois en rave, j’ai des souvenirs d’étoiles dans les yeux, de la peur d’être plongée dans la nuit entourée de gens et d’immenses murs de son. C’est des souvenirs de fou, j’ai découvert ça assez tardivement mais ça a été vraiment marquant.
Tu as également fait du cabaret il n’y a pas si longtemps. Tu pourrais revenir là-dessus ?
Ouais ! Je suis passé par le cabaret de poussière mais aussi le cabaret Cyborg, et ça pour le coup, c’est des scènes qui me parlent. Avec des gens doué.e.s et pertinent.e.s. J’aime beaucoup l’idée d’avoir un peu un pied partout.
Je voulais parler avec toi ce terme à la mode qu’est l’ « hyperpop », te définirais-tu de cette mouvance?
Auprès des professionnels de la musique je me définis comme hyperpop pour leur faire comprendre le côté fucked-up, avec des samples de partout. Pour moi, je fais plus de la pop-punk, mais c’est comme dans le rap t’as tellement d’étiquettes que c’est dur de se définir… un truc comme Petite Sœur avec une démarche très digitale/enfant d’internet ce serait de l’hyperpop… Après, dès que les termes sont récupérés par l’industrie ça perd vite son sens. Tout comme le punk. Ça reste une musique unique et fraîche parce qu’elle est non-reproductible sans logiciel. Je trouve ça hyper pertinent d’aller chercher des influences comme du pop-punk ou de la musique des années 2000 et de rajouter des éléments politiques à l’intérieur !
On a souvent tendance à simplifier en mettant les artistes actuels lié.es aux questions queer ou trans sous la grande étiquette d’hyperpop…
C’est comme Aya Nakamura qui fait de la pop, et l’appellation se transforme en « pop urbaine » en raison de sa couleur. Comme la plupart des producteurices d’hyper pop sont queer, elles sont directement associées à ces questions. Avant cela, cette scène étaient rattachée à « l’alternatif » au sens large. Après, why not. C’est également un peu un héritage d’une démarche et de sonorités. Cela ne me parait pas impertinent vu que ce sont des gens que j’ai regardé faire et dont je me suis inspirée.
Tu as pas mal de clips à ton actif, sur tes anciennes sorties comme sur cette dernière. Tu réfléchis beaucoup aux questions visuelles ? As-tu déjà une certaine idée visuelle/esthétique lors de la composition des tracks ?
C’est assez rare que j’aie une idée précise durant la composition des tracks. Mais quand je réfléchis à la sortie du projet, cela me vient vite. C’est du fun et c’est aussi très important car c’est essentiellement comme cela que l’on consomme la musique maintenant. J’ai toujours travaillé avec Alex Chapas depuis le début. Sans lui, mon projet n’aurait pas la même gueule. Il est assez déter pour nous proposer un visuel d’audience de stade entièrement faite en 3D C’est un peu mon alter-ego visuel.
Quels sont tes futurs projets ? Hype-nous un peu
J’espère qu’on pourra tourner. On a un peu trop joué sur paname. Je sais que cela demande de l’argent et des gens déters, mais maintenant le but c’est de bouger partout, rencontrer du monde et faire danser. Je bosse sur de nouveaux morceaux, cela devrait sortir dans pas trop longtemps… C’est une petite suite à Paname Oestros Poubelle.