L’histoire commence en 2015 à Ferrare, entre Venise et Bologne. Une bande d’amis organise une soirée. Cette soirée devient un festival, se tranformant en gros festival l’année suivante ! Et quand on parle de “gros festival”, on ne parle pas d’un événement hors-de-prix, blindé de sponsors, d’agents de sécu’ et dont la seule optique est de faire du fric. 

Nous avons fait le voyage pour rencontrer Francesco, instigateur du DLB. Il fait chaud, on boit des peintes et on oublie rapidement l’existence du Covid. | Propos reccueillis par Polka B. et Reda.

Photographies: © Serena Elena Borghini / © Francesco Dose

Comment a commencé l’aventure Distruggi La Bassa ?

Francesco : Le festival est né d’une blague. À la base, c’était une soirée pour fêter mon anniversaire en 2015. Un bon ami m’a dit : “pourquoi ne pas l’appeler Distruggi la Bassa” ? “Distruggi” veut dire “détruire”, et “bassa” c’est la campagne. On voulait l’“allumer”, la “secouer”, avec l’idée de faire bouger les choses. Pour la toute première soirée, on a appellé quelques groupes de potes de l’Emilia Romagna et du nord de l’Italie. Pour ramener plus de monde, on s’est dit qu’on avait besoin d’un groupe légendaire. On a donc invité Nabat, une formation Oi historique de Bologne. Pour le choix du lieu, on s’est placés au bord d’un lac. Il n’y avait même pas de scène ! Par contre, il a beaucoup plût ! On a tout arrêté pendant plus de deux heures avant de reprendre avec Nabat à deux heures du matin. Le délire était très roots, mais on était tous super contents du concert.

On avait vraiment envie de faire grandir l’aventure et de créer un festival. Cela tombait plutôt bien car 2 mois plus tard, le chanteur de Tear Me Down (un groupe hardcore historique de Viterbe, au nord de Rome), nous a demandé si on pouvait leur organiser un concert avec les Millions of Dead Cops (MDC). On était carrément partants. On a donc pu organiser un festival de 2 jours dans la foulée, avec les Yes We Kill et beaucoup d’autres groupes italiens.

Il n’a pas plus cette fois-ci ?

Bien sûr que si, c’était encore pire ! Heureusement, on avait installé un chapiteau pour couvrir les groupes et le public. Il y avait beaucoup de gens venus de France et d’Angleterre.

Qui avez-vous invité pour la seconde édition en 2016 ?

Les groupes Adolescents et TSOL en tête d’affiche, ainsi que Raw Power et plein d’autres formations de toute l’Italie. À ce moment-là, le festival commençait à bien marcher.

Le public venait de partout. On a formé un vrai crew avec plein d’amis de la région. Ensemble, nous avons davantage précisé la direction qu’allait prendre le festival jusqu’à la cinquième édition.

Comment avez-vous fait pour garder cet état d’esprit DIY en invitant des groupes venant des Etats-Unis comme DRI ? Les coûts devaient être assez importants…

La philosophie Do It Yourself  est essentielle pour nous. On fonctionnait déjà comme ça bien avant la création du festival. En même temps, il était important pour nous de faire grandir l’événement pour avoir une belle scène équipée d’un bon système sonore. Et bien sûr, inviter des groupes étrangers comme  Adolescents, TSOL, MDC, Total Chaos, H2O et ceux qui devaient venir en 2020, à savoir Youth Of Today et DRI. Nous voulions remplir tous ces objectifs en préservant nos principes et nos racines DIY. Pour cela, nous avons toujours gardé le prix d’entrée le plus bas possible sans gros sponsoring pour nous soutenir. Ce sont des amis qui nous ont aidé. Un pote qui tient un tattoo shop, le bar du coin…. Des personnes passionnées comme nous qui partagent nos idées. On ne demande pas d’argent à l’Etat et aux institutions. On préfère prendre des risques en investissant l’argent des éditions précédentes (si il y en a!). Les billets resteront très bas pour tout le monde quoi qu’il arrive. Le ticket sera cette année à 30 euros pour 3 jours de festival, camping inclus.

En Italie la scène DIY semble assez structurée. Avec de nombreux médias et relais (comme Radio Punk). Pourquoi votre scène est-elle si soudée au niveau local ?

En Italie, il faut beaucoup créer à partir de rien.

Il faut conquérir des espaces pour mener à bien ses projets. De plus en plus de gens se réunissent et créent des réseaux pour arriver à leurs fins. Cela s’est accentué ces dernières années. On sent cette envie de collaborer pour faire grandir la scène DIY du nord au centre, et jusqu’au sud du pays. J’insiste là-dessus: il y a beaucoup des nouvelles expériences, de festivals et de collectifs, partout en Italie. C’est joli à voir. Toutes ces initiatives s’articulent autour de valeurs qui nous ont amené au DIY : l’antifascisme, l’antispécisme, la volonté de construire de belles choses à partir de zéro.

Historiquement, la scène punk de Bologne semble particulièrement importante au nord de l’Italie…

Bologne est un pivot. Un point focal du punk pour toute l’Italie, car son histoire date de la fin des année 70. C’est une ville centrale pour le mouvement depuis sa naissance. Il y a toujours eu de l’activisme et beaucoup d’occupations de lieux. Cette scène a élevé le niveau à l’échelle nationale pendant des années. Aujourd’hui, Bologna Punx sont des amis, il y a vraiment beaucoup de groupes et d’activistes. Ils nous ont toujours beaucoup stimulé.

Peux-tu nous expliquer pourquoi Nabat est un groupe si important ?

Nabat sont l’histoire du Oi! Pas seulement pour la scène italienne, mais pour toute l’Europe. C’est aussi le premier groupe important qui ait joué à Distruggi la Bassa. Ce sont de vrais amis. Ils sont comme le bon vin : ils s’améliorent en vieillisant ! Tout le monde était sur la scène à chanter avec Steno, le chanteur. On les voit comme un exemple à suivre. Pour tout ce que’ils ont construit et ce qu’ils continuent à faire aujourd’hui, 30 ans plus tard. Si on est là aujourd’hui à continuer sur cette voie, c’est grâce à la vieille garde.

Que penses-tu des groupes de la nouvelle génération ?

Ça fait 2 ou 3 ans qu’on voit de jeunes groupes faire de très bon concerts avec du public et sans tête d’affiche. Ils commencent à vraiment s’intéresser à cette contreculture.

On espère que ces jeunes pourront prendre les choses en main et gérer la scène à leur tour, parce qu’on commence à devenir vieux! Tôt ou tard, on va s’arrêter de courir et d’organiser. On va laisser place aux jeunes, en espérant qu’ils continuent sur cette lancée. On est optimistes !

As-tu quelques noms de jeunes groupes à nous donner ?

Ici à Ferrara il y a Rough Touch. Je pense aussi à Game Over, Turn Against, Bislers

Ce sont de supers groupes et de super personnes.

Quel groupe rêves-tu de programmer au Distruggi la Bassa?

C’est difficile à dire, il y en a beaucoup ! Mais mes deux rêves principaux seraient d’organiser Gorilla Biscuits et Cock Sparrer. Pour le moment, ce n’est qu’un rêve… Mais il ne faut jamais dire jamais! 

Quels sont tes festivals préférés en Europe ?

J’aime beaucoup le Punk Rock Holiday en Slovénie. Et aussi le Punk and Disorderly à Berlin. L’organisation et l’état d’esprit sont vraiment top.

Dans ce délire, il y a aussi le Monteparadiso en Croatie. Mais vraiment, de tout ce que j’ai vu, celui que je préfère est le Punk Rock Holiday. L’endroit est magnifique. Un vrai paradis.

Je ne pensais pas que tu allais me citer un festival aussi gros !

Ce n’est pas si grand ! Le Punk Rock Holiday reçoit au maximum 6000 personnes, dans un bois.

Le main stage est dans la forêt, et le small stage est sur la rive d’un lac. Un paradis, je te dis ! Il y une petite plage et une rivière à tout juste 3 minutes à pied. Et pas de barrières ! Vraiment, c’est le top.

Ce n’est pas trop cher ?

C’est un prix “normal”. Je crois que pour 5 jours de festival c’est 90 euros. Après voilà, ils programment de gros groupes comme NOFX, Bad Religion, Propagandhi… Bien sûr, ils supportent aussi de petits groupes DIY européens qui jouent parfois sur la grande scène.

Tu peux nous laisser avec quelques unes de tes chansons préférées?
“Because are young” de Cock Sparrer.“Last one to die” de Rancid.
Ce sont les premières qui me viennent à l’esprit !

Quel est ton album préféré ?
Solo odio de Impact !

Un dernier mot ?

On espère se retrouver bientôt au-dessous et au-dessus de la scène, partout dans le monde !