Éditions DEMAIN LES FLAMMES – Interview

Nous suivons son travail depuis de nombreuses années : il était temps d’interviewer Paulin, éditeur et écrivain, sous le blase d’emprunt Nathan Golshem !
Acteur de la culture fanzine, il a développé dès 2016 Demain les Flammes,  revue de contre-culture abordant les épopées musicales sous un angle littéraire. Son truc, c’est surtout de parler du mode de vie punk dans une certaine intimité, replaçant les interactions humaines et ses aventures au centre du débat ! Ce n’est pas pour rien qu’il s’est attelé à la traduction, l’édition et la publication des ouvrages de l’américain Aaron Cometbus, avec « Demain les Flammes », devenue une véritable maison d’édition distribuée nationalement et dans les pays francophones.
Un entretien particulièrement intéressant, mené aux côté d’un passionné qui ne lâche rien ! Lets go.

Propos recueillis par Polka B. | Photo : Ash Thayer

Qu’est ce qui t’a amené a créer la maison d’édition Demain les Flammes, sachant que ton ancrage de base se situe plutôt dans le milieu du fanzinat ?

Finalement pour toi, le punk était une porte d’entrée pour parler de sujets plus larges, avec une tonalité plus politique.

Et j’imagine qu’en sortant ces revues, des idées de livres te trottaient dans la tête.

J’y pensais très souvent ! J’avais notamment envie d’éditer en France les ouvrages d’Aaron Cometbus. J’adorais son travail depuis très longtemps.

En parallèle, je me suis professionnalisé dans le monde de l’édition. C’est devenu mon métier au sein des Éditions CMDE (aujourd’hui « Ici Bas »). Je bossais en indépendant pour tout ce qui est traduction, correction, édition, maquette… Une jonction s’est opérée. Je me suis familiarisé avec des règles qui n’étaient plus celles du fanzine. J’ai connu des manières de faire différentes, plus précises et spécifiques. C’est aussi une autre manière d’écrire. Bref, tout cela a été un processus un peu long et graduel. 

Il y a un côté do it yourself que tu as néanmoins gardé. Je pense aux couvertures sérigraphiées, que vous réalisiez vous-mêmes à la main à l’atelier des Cheminots à Toulouse. 

C’est vrai ! La sérigraphie te permet ce côté artisanal, avec un très beau rendu. Mais il s’agissait essentiellement des couvertures. L’intérieur des revues étaient imprimées en offset.

Quels sont les deux premiers livres que tu as édité ?

Deux livres d’Aaron Cometbus : Le retour à la terre, et Double duce. Le nombre d’exemplaire n’était pas si délirant. Environ 700, car je n’avais pas de diffuseur à l’époque. Maintenant, nous sommes plutôt aux alentours de 1000. Certains bouquins marchent très bien, alors nous les rééditons. 

Peux-tu nous parler de la distribution de tes livres ?

Dans la chaîne du livre, le distributeur est un intermédiaire très important. On est contents de ne plus faire ce boulot quand on l’a fait avant (Rires) ! C’est du travail. Il s’agit de présenter le livre aux libraires, et d’assurer toute la logistique pour les approvisionner.

La boîte noire du monde du livre, c’est vraiment la logistique. Fin 2023, nous nous sommes mis à travailler avec Harmonia Mundi et nous avons pu accéder à davantage de librairies. Comme la marge augmente, le prix du livre augmente un petit peu. Mais cela permet de gagner du temps sur autre chose !


J’aimerais revenir sur l’auteur phare de Demain Les Flammes : l’américain Aaron Cometbus. Peux-tu nous parler de lui ? Comment l’as-tu connu ?

J’ai découvert quand j’avais 15 ans. Il y avait des traductions de ses textes sous forme de fanzines à la fin des années 90 (les « Rad Party » de Stéphane Delevacque). C’était l’un des seul endroits où l’on pouvait retrouver ce mode de vie punk américain couché sur papier.

Ensuite, j’ai lu son premier roman en anglais : Double Duce, sorti en 1997. Cela m’a vraiment marqué. J’y ai vu la retranscription de ce que je pouvais voir autour de moi. J’ai vu une façon de décrire le punk qui n’existait pas ici.

Le factuel, les dates, le nom des albums, l’histoire des groupes, ce n’est pas vraiment le sujet. On parle ici de mode de vie. De ressenti. On parle de ce qui est beau là-dedans, les dynamiques collectives... J’avais envie de rendre disponible en France cette façon de voir les choses. Que le punk ne soit pas seulement une affaire de musique, ou un sujet destiné aux geeks. 

C’est vrai qu’on peut parfois apparenter l’écriture de Cometbus à celle de Kerouac.

C’est l’une des grandes influences de Cometbus. On peut aussi évoquer Ed Sanders, un grand écrivain de la beat generation. Son approche est similaire. Il écrit avec un ton décalé. Plutôt que de parler d’un événement fameux de la meilleure manière possible, il va te le raconter sous la forme d’une poésie un peu pourave. On est pas sur une esthétisation de l’écriture. Il faut surtout que le sel du truc soit mis en valeur. C’est le plus important. C’est ce décalage qui m’intéressait chez Cometbus.

Comment es-tu entré en contact avec lui ?

Cometbus a-t-il été satisfait du résultat ?

Justement, c’est votre dernier ouvrage en date. Peux-tu nous parler de Post-Mortem ?

Le titre veut tout dire. Post-Mortem, c’est à la fois l’autopsie et le bilan. Ce double-sens est au cœur du livre. C’est un punk, qui après 40 ans de service se pose des questions sur l’héritage de ces vies collectives dans la durée.

Qu’est-ce qui reste de tout ce que nous avons pu créer ? Qu’est-ce qui a marché ? Quels sont nos échecs ? C’est un voyage dans plusieurs villes américaines. Une réflexion sur ce qui a pu résister au temps.

On se rend compte au fil du livre que la capacité de certains espaces à se structurer a eu une importance capitale. 

Au passage, il interroge énormément les ressorts de l’industrie musicale liée au punk.

Revenons à Demain les Flammes. Était-ce aussi l’occasion d’éditer des ouvrages plus personnels ? Je pense à Et s’ouvre enfin la maison close, liée à l’histoire du squat toulousain du Clandé.

Totalement. C’est un espace de liberté de publication assez énorme. Je reste toujours proche de ma ligne éditoriale de départ : parler des contres-cultures sous un angle littéraire. Ce lien est primordial. Ce qui m’intéresse, c’est que je ne vois pas trop d’autre maison éditoriale qui partage cet angle d’approche. Cette place m’intéresse. J’occupe cet espace avec beaucoup de plaisir. J’ai beaucoup d’autres projets en tête car beaucoup de textes méritent d’exister.

Concernant mes propres livres (comme Et s’ouvre enfin la maison close), ce sont clairement les ouvrages de Cometbus qui m’ont influencé.

Beaucoup d’histoires liées au punk portent une aura « mythique ». Mais on entre parfois dans le domaine du fantasme. Car pour nous, ces récits sont lointains. Dans le temps, et dans l’espace.

C’est important de le dire : Cometbus a habité en Californie et à New York pendant une période clé. Ses histoires sont éminemment locales. Il connaît ce terrain, il y a vécu. Il y a une vraie authenticité. Pour moi, nous avons tous des histoires à consigner au cœur de notre propre réalité.