Tous deux enfantés de la Cité Blanche, tout semble éloigner le Wydad et le Raja. De leurs origines à leurs Ultras, le Derby de Casablanca divise-t-il seulement ? | Article et illustrations par Momo Tus

Casablanca. Casa, pour les intimes. Une étrange sensation nous habite. Ouïe, vue, toucher…Les sens se bousculent, se perdent, et se retrouvent au gré des quartiers. Ici, une cacophonie visuelle. Là, un flottement, silencieux et lourd. “Casa la blanche”, avec ses 4 millions d’habitants, nous renvoie cette image déconcertante d’une mosaïque urbaine, faites de briques dépareillées, du moderne, au délabré.

Se poser. Attendre. Regarder. Il suffit de quelques instants pour s’imprégner de Casa et des tensions qui la parcourent. Dans le quartier de l’ancienne Médina – fief du Wydad, l’un des deux clubs de football historiques de la ville – la quiétude règne entre les étales marchandes et le blanc immaculé des murs, pourtant rougis ici-et-là par les supporters ultras du club, les Winners.

Et puis. La nuit tombe. Les rues se vident, le froid prend ses marques parmi les Mercedes et 4×4 qui filent à toute allure. Le ciel de Casablanca se teinte de cette pesante lueur orange, renforcée par les lumières tamisées de la ville. Une étrange sensation d’avoir devant soi, une autre Casa qui s’éveille. C’est une nouvelle nuit qui commence, comme pour ceux qui aiment franchir les limites des conventions. Comme pour ceux qui passent la porte d’une devanture aux allures de restaurant vide à forte odeur de friture: la Cigale. Se dévoile alors, derrière un rideau au fond de la salle, une véritable bulle d’air enfumée, loin des contraintes et tracas du quotidien conservateur marocain, ponctué de haram, halal et hchouma.

© Momo Tus

C’est là qu’on l’a rencontré pour la première fois, Nabil. Au fond de la salle, dans son coin d’habitué, sombre, on ne devinait de lui que ses petits yeux perçants, presque entièrement cachés par la visière de sa casquette et ses lunettes. Affublé de sa doudoune Ellesse et de son sweat vert aux couleurs du Raja, le frère ennemi du Wydad, Nabil nous introduit, entre deux «Naïma ! Dix bières s’il te plaît !», aux soubresauts des deux géants casaouis. Entre nos doigts, les bières Spéciale s’enchaînent et les langues se délient, sous le portrait – réprobateur ? – du petit frère de Mohammed VI.

Sous fond de riffs lancés par le Juke Box du bar, il faut savoir qu’on n’est pas arrivés là par hasard. L’esprit du Raja, on l’a découvert avec le chant F’bladi delmouni qui a traversé les frontières. Impressionnés, d’abord. Par ce virage en totale harmonie, ses mains tendues en l’air parfaitement synchronisées. Émus, ensuite. Par cette voix à l’unisson, parlant à tous les opprimés, oppressés, esseulés, du monde entier. Forcément, à l’époque, impressionnés, on avait navigué frénétiquement de vidéo en vidéo du Derby de Casablanca et de ses tifos d’une créativité inégalable.

Dans ce pays, on vit dans un nuage d’ombre
On ne demande que la paix sociale,
Ils nous ont drogués avec le haschich de Ketama
Ils nous ont laissés comme des orphelins
À attendre la punition du dernier jour,
Des talents ont été détruits par les drogues que vous leur fournissez
Comment voulez-vous qu’ils brillent ?
Vous avez volé les richesses de notre pays
Les avez partagées avec des étrangers
Vous avez détruit toute une génération…

Pourtant, c’est comme si, il nous manquait une pièce du puzzle. Il y avait trop de “Pourquoi” qui fusaient dans nos têtes. Pourquoi ce chant, alors que les Ultras se sont toujours positionnés comme apolitiques ? Pourquoi autant de ferveur et de créativité de ces groupes pourtant récents ? Pourquoi, ces deux frères ennemis pourtant enfantés tous deux de la cité blanche ?

Côté Vestiaire: deux clubs, deux origines

“On sait que tu es un Rajaoui à ton caractère. On parle de gens qui viennent de l’oppression, qui sont des rebelles à la base”. 

Alors, Nabil sort une cigarette de son paquet. Rajaoui de coeur, de sa voix grave et posé, il nous rappelle avant toute chose que, le Raja, c’est une question “d’histoire”.

Souvent oubliée, cette histoire apporte pourtant un éclairage primordial à la construction identitaire des supporters d’aujourd’hui. Il faut remonter en 1949, lorsque la capitale économique est mise à mal par le colon français. Contrairement à ce qui est souvent dit, c’est un groupe du Mouvement national marocain, luttant pour l’indépendance, qui initie en premier la création du Raja Club Athletic, comme vecteur d’émancipation du peuple. Et ce n’est qu’en 1962 que le club est repris par les syndicalistes marocains, issus du quartier Derb Sultan, berceau de la résistance casaoui. Du fait de cette origine politique, se jouent rapidement des jeux de pouvoir au sein de la Fédération autour de l’ascension du club, ce dernier se voyant régulièrement freiné dans le Championnat ou mis à mal comme lors de la finale tripartite Raja/FAR/KAC de 1960

Nabil s’arrête. Il cherche un mot en français. Nos Special sont vides. Nos yeux, acclimatés à la pénombre du cocon enfumé qu’est la Cigale, commencent légèrement à picoter. Naïma, affublée de son tablier, revient les bras chargés de bières fraîches, et les décapsulent une à une en un temps record. ”Vous savez.. un sport sur l’eau…un peu comme du Handball..” “Ah oui, le Water Polo ?”.

En réalité, ce n’était pas les premiers. Douze ans plus tôt, le Wydad Athletic Club se crée dans des circonstances politiques concomitantes de résistance au protectorat français.  Mais ceci en échange de concessions très contraignantes, comme le contrôle partiel du comité de direction par des Français et la quasi absence de marocains dans l’équipe. La logique sportive en était néanmoins différente puisque les prémices du Wydad se construisent dans un premier temps autour d’une équipe de natation, qui sera suivie deux ans plus tard par l’équipe de foot de l’entraîneur Haj Tounsi alias Père Jégo.

Nabil esquisse un sourire, ne ratant jamais l’opportunité de titiller le Wydad. “La preuve, ils sont meilleurs aujourd’hui au Water Polo (Rires)”. C’était donc ça.

Contrairement à son rival, lors de ses premières années, le Raja n’est certes pas le club le plus étincelant du Championnat. Le jeu physique et tactique à l’anglaise des Rouges, mené par le Père Jégo, amène les Wydadis plusieurs fois sur les podiums. Pourtant, c’est les Aigles verts qui rencontrent le plus de ferveur dans les quartiers populaires casaoui. Ferveur renforcée par son statut de “vilain petit canard” de la Fédération, poussant les supporters à se mobiliser pour protéger leur équipe.

Parce que le Raja, ce n’est pas qu’une équipe de football: c’est l’équipe des opprimés, de “ceux” qu’on met de côté, de ceux qu’on appelle “les pauvres” des quartiers excentrés. De ce fait, le Raja a longtemps été considéré comme étant “le club des quartiers populaires”, tandis que le Wydad, celui des classes moyennes – et favoris actuels du roi Mohammed VI.

On commence à comprendre, que, si c’est dans les années 60 – coude-à-coude dans le Championnat et avec la création du Derby de Casablanca – que leur rivalité prend toute son ampleur; la fracture se situe bien au-delà. Bien au-delà d’une fracture spatiale – entre quartiers casaouis – et sociale – de classes – , mais dans les esprits.

© Momo Tus

Côté Terrain: deux clubs, deux styles

“Il ne s’agit pas juste de gagner, comme le Wydad. Il s’agit de gagner, mais avec la bonne manière”.

Aujourd’hui, ces fractures sociales ne sont plus aussi prégnantes, et c’est ce qui fait leur force. Les Ultras Winners comptent ainsi dans leurs rangs des jeunes des quartiers populaires de la Médina, comme des adolescents des quartiers aisés du Maarif. D’ailleurs, il peut arriver qu’au sein d’une même famille, les deux camps s’affrontent. Nabil, dont le propre père est Wydadi, esquisse un sourire, et tapote son doigt sur l’écusson de son sweat Rajawi. “Mon Oncle ne me laissera jamais passer le pas de la porte avec ce sweat”.

Les Rajaouis font perdurer cet esprit de résilience, qui s’illustre d’une façon presque bestiale sur le terrain à l’image de leur histoire. En lançant les hostilités “Le Wydad a agi et le Raja va réagir”, le Père Jego retourne sa veste et passe chez l’ennemi en 1952. Ce dernier insuffle un jeu très inspiré du football sud-américain et du Tiki-Taka barcelonais. Les Verts font alors de leur terrain un véritable spectacle, le Raja l’fraja, donnant la part belle aux qualités techniques, plutôt qu’athlétiques. Un véritable credo sacré qui a pu créer des frictions au sein même de l’équipe, en témoigne deux joueurs qui un jour, en sont venus aux mains, parce que l’un avait marqué “sans la beauté du geste”.

Les Aigles Verts montent alors en puissance – alimentant de facto leur rivalité passionnelle avec le Wydad – et s’offrent le doublé Coupe-Championnat en 1988 et 1989. C’est aussi ce qui place les matchs du Raja bien au-dessus des matchs du Classico et insuffle un vent de respect au-delà des frontières marocaines. Ces années 80-90 consacrent ainsi un jeu qui allie spectacle et victoire, ralliant de plus en plus de supporters.

Côté Tribune: deux clubs, deux virages.

“Quand les Ultras ont commencé à chanter, j’ai eu peur”. 

Ainsi, au match sur le terrain entre les deux équipes, se superpose celui dans les virages entre les Ultras respectifs. Tout a commencé en 2003, avec les supporters du Celtic Glasgow, qui, pourtant à des milliers de kilomètres, partageaient un point commun avec ceux du Raja: la couleur verte. Du fait de l’absence totale de dérivés à l’époque, les plus fervents des Rajaouis ont commencé à se vêtir de t-shirts, écharpes, casquettes du Celtic F.C, dessinant alors les contours d’un premier groupement collectif: la Clique Celtic Glasgow. 

La Curva Sud du Stade Mohammed V, la Magana, n’attendait alors plus que ses premiers Ultras Rajaouis pour animer ses gradins. C’est ainsi qu’en 2005, les Ultras Green Boys 05 voient le jour, avec pour vœux de suivre partout et en toutes circonstances leur équipe. Les Winners, les Ultras du Wydad, suivent le mouvement d’une manière concomitante la même année et s’installent au Nord, la Frimija.

Mais la guerre des virages commence fort puisqu’au sein des Green Boys, les dissensions personnelles et idéologiques se font vite sentir – des chants aux messages -, donnant lieu à la création en 2006 des Ultras Eagles 05 puis des Green Gladiators (aujourd’hui dissous). Alors que les Green Boys restent les rivaux indéniables des Winners sur le plan esthétique avec leurs tifos de haut standing, les Eagles, de leur verbe tranchant, quant à eux apportent une attention toute particulière au message. 

Ainsi, dans le sillage de leurs confrères tunisiens et algériens – notamment leurs confrères Ultras du Wifak Stiff -, les trois groupes s’initient à la culture Ultras. Organisés par quartiers de Casa, chaque noyau dur est affecté à des tâches. Aujourd’hui, un seul capo, Squadra, des Green Boys, mène à la baguette les deux groupes Rajaouis sur un commun accord après les incidents de 2016. Pas de sono, pas d’artifices, juste les bras, une voix qui porte et une bonne dose de charisme pour diriger ce virage impressionnant.

En quelques années, les Rouges comme les Verts ont fait preuve d’une incroyable créativité sur la scène internationale Ultras quant à la réalisation des tifos, du tifo Room 101 au dragon Shenron. Les Green Boys réalisent pour la première fois en 2010 trois tifos au cours d’une rencontre dont deux animations réunies dans un tifo double face, une troisième mondiale. Pourtant il n’y rien d’innovant dans leur processus de création, si ce n’est des dépôts abandonnés, des dizaines de rouleaux de plastique, des têtes douées et pensantes, et des semaines de nuit blanche pour réaliser ces tifos faits entièrement à la main.

Et cette guerre du plus “spectaculaire” continue sur les murs de la ville blanche, où des fresques témoignent de la ferveur que suscite les deux grandes équipes. Rappelant à nouveau, comme son origine, que cette rivalité n’est pas uniquement picturale mais aussi spatiale, où certains quartiers, comme l’ancienne Médina, voient leurs murs régulièrement recouverts des pochoirs rouge vif des Winners.

Pourtant, il n’y pas plus d’Ultras que de supporters “lambdas” dans le virage. Si ces derniers s’estiment à 50%, à la différence du public occidental, les Ultras contrôlent les tribunes et les supporters rallient très facilement les chants lancés – femmes comprises même si elles n’ont toujours pas de passe-droit pour rejoindre les Ultras. La preuve en est, il existe même des groupes de supporters comme les Derb Sultan 49 (tirant néanmoins leur révérence récemment en février 2020) qui participent depuis la création du club à l’animation du virage.

Têtes brûlées un jour, têtes brûlées toujours, même si les tribunes se sont assagies suite au drame en 2016 de deux morts puis deux ans d’interdiction officielle, le sang chaud continue à couler dans les veines des Ultras Rajaouis. S’il ne faut pas confondre Hooligan et Ultras, des violences post-matchs on a vues et revues. On esquisse un sourire, mais Nabil, lui, ne rigole pas. Il s’arrête, pose sa cigarette dans un cendrier plein à ras bord et nous lance un regard grave. “Je ne rigole pas”. Il pointe du doigt le plus costaud d’entre nous, et en une phrase assassine: “Toi tu ne peux pas y aller tout seul. C’est trop dangereux”.

Soudainement, on comprend que – non – la bestialité des Ultras Rajaouis n’est pas celle de tous les Ultras. Mais stigmatiser et rendre les Ultras responsables de cette violence serait bien trop facile, car la violence, ce n’est pas les Ultras qui la créent: c’est une violence qui existe déjà dans les rues et qui n’est que le reflet… de la société marocaine.

Côté Stade: deux clubs, un seul peuple

“Tous les supporters chantent pour leur équipe, alors que le Raja on a toujours chanté pour le peuple. Ou, pour le dire autrement, toutes les équipes ont des supporters, le Raja, lui, il a un peuple”

Si ce sont les Eagles qui sont à l’origine du chant F’labdi Delmouni en 2018, ce n’est pourtant pas le premier, pas le plus acéré ni le plus accusateur des chants Ultras, autant du côté des Rajaouis que des Wydadis. Les chants des Rajaouis nés dans les tribunes (Ya Lbabour Ya Mon Amour, Babour Liberté) étaient d’ailleurs déjà scandés durant le mouvement du 20 Février en 2011.

Ainsi, aujourd’hui, les gradins sont devenus des lieux privilégiés d’une autre forme d’expression – ponctuelle – qui fédère les deux côtés des tribunes. Autrefois impensables, des actions concertées entre supporters des différentes équipes sont aujourd’hui possibles. A ce moment-là de la discussion avec Nabil, on était persuadés que c’était politique. Avec le recul, c’était sûrement notre vision d’Occidentaux qui y était pour quelque chose, du fait des liens qui pouvaient y avoir, particulièrement en France, entre Ultras et engagement politique, extrême gauche, et extrême droite. En réalité, il ne s’agit pas de faire de la politique au stade, tout au contraire: la défiance envers le jeu politique est prégnante. La chanson, par exemple, c’est quelque chose de purement humain, universel.

Nabil pose son menton sur la paume de sa main tout en tenant sa cigarette du bout des doigts. Le regard lointain, il réfléchit comment nous expliquer cette sensation. “Quand tu es seul tu n’oses pas, quand tu rentres dans le stade, c’est comme si ça explosait en toi.” En 90 minutes, le Rajoui peut ressentir toute une gamme d’émotions, du terrain à son quotidien: la joie, la souffrance, la haine, l’angoisse, l’admiration, l’injustice.

Le cri d’un peuple qui ressent – de façon spontanée – le besoin de mettre des mots, de donner la voix, de chanter son mal être quotidien dans un pays où la pression du groupe prône sur le “être soi”. Dans une société où, la liberté de parole est condamnée au profit du faux semblant, la protestation dans la rue réprimée au profit de l’injonction au respect de l’autorité, et où tout ne peut pas se dire, n’importe quand. Si bien que, parce que ce virage, c’est le leur, leur Magana, leur territoire, leur bouffée d’air, leurs règles, leurs droits, les Rajaouis ressentent – collectivement – cette confiance pour s’exprimer librement et dire des choses qu’on ne peut “pas dire” à l’extérieur. 

© Momo Tus

Apolitiques – mais surveillés et craints. Parce qu’ils font partis de ceux “qui osent dire”, les groupes Ultras sont surveillés étroitement par les autorités, entre fouille et contrôle des tifos, afin d’éviter toute évolution en contestation politique après les Printemps Arabes. D’autant plus qu’aucun collectif n’est parvenu à rassembler autant de jeunes au Maroc à ce jour. 

Ainsi, parce qu’ils sont organisés dans l’espace public, ils posent problème, car l’Etat doit être le seul qui organise l’accès à la ville. Le Stade devient le support du face-à-face entre la censure de l’Etat et la jeunesse – en dehors des canaux autorisés étatiques tels que les syndicats ou les partis.

Les noyaux durs portent d’ailleurs très souvent la cagoule, de peur d’être reconnus puis incarcérés. Mais cette répression n’arrête pas leur résistance, en témoigne le fameux tifo “[INSERT Clean Text HERE]” ou “[INSERT Logo HERE] en réaction aux contrôles des tifos en 2019 suite à une mauvaise interprétation – politique – du tifo Room 101.

Pourtant, c’est bien ce choix de la répression, et non de la canalisation, qui pourrait pousser les Ultras – nés de cette culture de l’insoumission – à tomber dans une plus grande violence.

Le Derby casaoui, la puissance du football

2 heures du matin. Il est temps de laisser derrière nous les cadavres de bières et mégots de cigarettes accumulés sur notre table à la Cigale. Passés la porte, on profite de l’air frais nocturne de Casablanca.

Les oppressés contre les aisés, jeu esthétique contre jeu pragmatique… Tous deux enfantés de la Cité Blanche, tout semble éloigner le Wydad et le Raja. Tout, sauf l’amour du ballon rond. Il ne faut pas omettre que, à ses origines, le football revêtait ce rôle structurant à la fois identitaire et géographique des espaces dans lesquels il se développe.

Si ce rôle s’est quelque peu perdu à travers une certaine starification du football, le derby a lui aussi perdu son sens premier: la confrontation de deux équipes rivales d’une même ville. Et pourtant, c’est à travers cette forme, comme le Derby de Casablanca, que le football révèle toute sa puissance en tant que division spatiale – en allant jusqu’à séparer différents quartiers et espaces d’une seule et même ville – à une division sociale – en donnant une identité et des valeurs à toute une population selon l’équipe supportée.

Il y a quelque chose qui s’est passé dans nos esprits. On a écouté, compris, et répondu à nos “Pourquoi”. Puis, on a eu envie à notre tour d’être des Rajaouis. De penser comme un Rajaoui. D’être fier comme un Rajaoui. De contester, comme un Rajaoui. On a compris que, les pratiques contestataires des Ultras sont difficilement assimilables à un engagement politique. Elles sont plutôt dans un premier temps le reflet de l’histoire du Raja, qui au fil des années, a su faire perdurer son identité collective populaire, résiliente et rebelle contre les autorités étatiques. Mais aussi, le reflet de sa ville. Casablanca. Casablanca a toujours résisté, l’histoire le prouve malgré ses moments noirs. Puis, enfin le reflet de la société marocaine, esseulée et ignorée encore et toujours par ses dirigeants.

Cities Left Behind Playlist – Maroc

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