Voilà maintenant 10 ans que Mr Marcaille présente un one-man-band hors du commun, des îles britanniques au fin fond de la Creuse en passant par les festivals moscovites. Armé de sa batterie, de son violoncelle électrique, de ses pédales d’effets et de son inimitable slip noir, Mr Marcaille délivre un rock sous influences metal qui prend instantanément au tripes !

Rencontre au squat KTS de Fribourg-en-Brisgau, juste avant le set de René Binamé. | Propos recueillis par Polka.B

Comment est née cette idée de te monter en one-man-band ?

Quand tu es seul, tu peux faire la musique que tu as vraiment envie de faire ! Petit, j’ai commencé par du classique, mais en parallèle j’ai toujours écouté du rock’n’roll. AC/DC, Judas Priest, les Pistols… J’ai joué de la basse et de la batterie dans différents groupes mais le projet d’un one-man-band a toujours trotté dans un coin de ma tête. C’est important de faire un projet solo. Tu peux montrer ce que tu as dans le ventre !

Vois tu l’univers du baroque et du métal comme deux mondes opposés ?

Pas vraiment, mais c’est vrai qu’il faut aussi apprendre à « désapprendre » ses connaissances musicales. Le côté « réglé » du classique a ses limites. À un moment donné je jouais pour des amis qui faisaient du théâtre de marionnette dans la rue. Le côté « impro » était beaucoup plus prononcé.

« Mr Marcaille » est ton projet musical le plus médiatisé. Pourquoi a t’il tant parlé au gens selon toi ?

Je ne sais pas trop. Peut-être parce que ce n’est pas commun. Un mec te balance son truc à la gueule avec un violoncelle électrique. Sur la longueur, c’est peut-être aussi mon projet le plus abouti. Il s’est vraiment passé un truc avec la vidéo où je joue dans un parc. 15 millions de vues sur internet quand même ! Ce genre de trucs tu ne peux pas le planifier… c’est limite un accident ! Ou alors ça veut juste dire que c’est un bon groupe ! (Rires)

Quel est le profil des gens qui te programment ?

J’ai toujours joué pour et avec des gens très différents. Je ne me fixe pas de limites. Il n’y a pas de règles. Si ton audience passe de 30 à 3000 personnes, l’approche n’est pas la même, c’est sûr. Je ne crache pas sur les grandes scènes. Les petites non plus. C’est un luxe de pouvoir faire les deux. Un de mes grands objectifs c’est de pouvoir continuer à jouer à l’étranger. Les festivals c’est assez chouette. Ça brasse du monde, c’est cool. Dans des bonnes conditions si possible. Voyager c’est bien, mais il faut qu’il se passe un truc !

Sens-tu une réception différente du public selon la culture ?

Récemment je suis allé jouer à Moscou et c’était assez particulier ! C’était en plein air, dans un décor un peu indus. Il fallait faire le tour d’un grand bâtiment pour accéder à la scène. Il y avait tout ce battage sur internet, et les gens voulaient absolument me toucher ou prendre un selfie avec moi. C’était bizarre, mais émouvant aussi. Ce n’est pas tant le côté « star ». Il y avait une volonté d’échange, un côté intime, un truc de respect vraiment fort qui passait par la musique. J’étais content qu’il y ait une telle attente aussi loin de chez moi.

Pourquoi cet amour pour le slip ?

Parce que c’est beau ! Peinard quoi. En plus j’aime le catch. C’est une question de style ! Outre l’aspect esthétique, c’est important de se mettre à l’aise. Le costume c’est important pour la scène. Ça te met dans un état d’esprit particulier.

As-tu en mémoire des anecdotes de concert marquantes ?

Il y a eu de bons moments de pétages de plombs collectifs ! Je me souviens d’un concert dans la Creuse où une bande de punks s’étaient ramenés. Il faisait bien zéro degrés (j’étais bien sûr en slip) et cela a galvanisé les gens. On a bien halluciné tous ensemble. Les réactions dépendent aussi du public. Les amateurs de metal ont un côté plus respectueux de la musique, ils sont dans l’écoute. Ma musique n’est pas particulièrement dansante, mais des fois c’est quand même bien la fiesta !

Tes morceaux parlent peut-être davantage aux amateur de metal, car tu fais régulièrement des clins d’œil musicaux à cette culture…

Oui mais ça reste léger, car je n’aime pas les reprises ! La seule que je fais c’est « Hang the Pope » de Nuclear Blast, car on me la demande presque tout le temps en concert. Il y aussi un morceau de Napalm Death, mais il ne dure qu’une seconde ! Ça va, c’est court. Quand le projet a buzzé j’ai eu des propositions indécentes pour faire des reprises de tout un tas de machins… J’ai dis non. Je ne suis pas un juke-box. Pour en revenir à ta question, je ne pense pas faire des clins d’œil. C’est juste du rock’n’roll. Ça reste simple. Quelques accords et c’est parti.

J’imagine que Motörhead reste une de tes plus grandes influences…

J’adore ouais ! Je les ai toujours aimés, même quand tout le monde se foutait de leur gueule. Juste avant que Lemmy ne devienne un mythe, dans les quinze dernières années on va dire, les gens n’en avaient un peu rien à foutre. Cela dit, je n’aime pas l’idée de déifier quelqu’un. Kill your idols ! Fais ton propre truc !

Beaucoup se revendiquent « punk » aujourd’hui. Qu’en penses-tu ?

Je voudrais surtout expliquer aux gamins que si ils veulent avoir des bières gratuites dans la vie, il faut faire un groupe de rock. Le punk on s’en fout. Ça s’invente pas. Éduquons les gamins tant qu’ils sont jeunes, il ne nous reste plus beaucoup de temps… Je le répète : faites d’abord un groupe pour boire des bières !