Comptant parmi les champions de la longévité au sein de la scène ska-punk parisienne, le trio Union Jack n’a jamais lâché l’affaire. Et ça fait 22 ans que ça dure ! Bars, squats, petites salles, festivals en France et à l’international… et plusieurs périples au Canada ! Au moment de la sortie de son 8e album (Violence), on a demandé au groupe un petit retour d’expérience sur ses tournées. | Propos recueillis par Polka B.

Combien de tournées avez-vous fait au Canada ? Comment avez-vous eu l’opportunité de vous y rendre pour la première fois ?

Ben : Nous avons tourné là-bas 2010, 2013 et 2017. Nos potes de Guerilla Poubelle l’avaient déjà fait. Ils nous ont mis en contact avec le groupe québécois The Hunters, et nous avons monté la tournée pour faire les dates avec eux.

Antoine : On savait qu’on allait devoir mettre de notre poche pour les billets d’avion. Le but, c’était d’être à l’équilibre pour ne pas perdre d’argent. Le groupe sur place avait son van et son backline, ça aide ! Au final on ne s’en est pas trop mal sortis

Qu’est-ce qui vous a marqué à votre arrivée ?

Thomas : La douane !

A : À l’époque c’était un peu chaud, car tu étais censé avoir un permis de travail pour pouvoir jouer. Il fallait rentrer en catimini, comme un touriste, sans aucun signe distinctif.

T : Ils allaient vraiment loin. Ils te cuisinaient un par un dans des petites pièces pour savoir ce que tu venais foutre au Canada. Il y avait même des questions pièges ! Le truc, c’était d’avoir une histoire prête et crédible. Une adresse à communiquer sur place, avec des personnes qui t’hébergent. Des gens qui existent vraiment de préférence !

A : Ce n’était pas que de la parano. Sur leur deuxième tournée, Guerilla Poubelle s’était fait choper. Ils se sont fait renvoyer en France, direct ! Ça ne rigolait pas à l’époque. Il suffisait qu’un seul membre du groupe se fasse gauler pour que tout le monde reparte. Certains groupes en venaient même à prendre l’avion dans des vols différents. Heureusement, tout cela a changé récemment… Il faut juste prouver que tu ne gagnes pas trop d’argent. Ils font la différence entre ceux qui se font un salaire, et les indépendants comme nous. En gros c’est ça.

Comment la scène DIY canadienne conçoit-elle l’accueil des groupes ? Est-ce différent par rapport à la France ?

B : Ça dépend si tu es dans la zone francophone ou dans l’Ontario. On était plutôt dans la partie anglophone lors de la première tournée …et on a bien galéré ! On a presque dormi dans le camion tout le voyage. L’hébergement, ce n’est pas leur truc. À la fin du concert ils te disent ciao ! D’ailleurs les groupes américains hallucinent sur le niveau d’accueil quand ils viennent en Europe.

T : C’est assez étonnant. Le pire, c’est que les mecs veulent te mettre bien et qu’ils sont hypers cools. Ils ne réfléchissent pas comme les européens, c’est une autre culture.

A : Mais c’est important de le savoir car les distances sont énormes. C’est pas Tours-Paris ! T’imagines un soir, perdu à 2000 bornes ? «Allez à plus les gars ! » (Rires)

Et le froid ?

B :  Stratégiquement, on y allait en septembre et en mai. C’est mieux ! (Rires)

T :  Pour en revenir au DIY, les codes sont assez semblables. Surtout au Québec. Beaucoup de groupe indépendants sont déjà venus jouer en Europe. Ils ont tendance à s’aligner sur ce qu’il ont vécu lors de leurs tournées.

Dans quel état d’esprit étiez-vous ? Est-il possible de s’aménager un peu de temps pour visiter malgré les distances ?

B : Une année on avait fait les chutes du Niagara… Mais c’est vrai que c’est un peu la course. Tu as plus tendance à te retrouver dans les grandes villes. Là où on a le plus traîné, c’est à Montréal et Toronto.

T : On a un peu un sentiment de frustration quand on se rend là-bas. Il y a des paysages démentiels mais tu es obligé de tracer ta route pour te rendre à la prochaine date. La dernière fois on s’est quand même obligés à le faire. Il pleuvait comme par possible et on est allés se perdre dans un parc national. Les gardes-forestiers nous ont pris pour des fous !

: Encore une fois, leur rapport à la route n’a vraiment rien à voir avec le notre. Quand on demandait à un local ce qu’on pouvait faire de sympa dans le coin, il nous envoyait à 500 km de là. Et il était sérieux ! (Rires)

Ça ne vous a pas démangé de traverser la frontière ?

B : Franchir la frontière américaine avec un van et du matos… on nous l’a franchement déconseillé. Tout le monde nous disait que c’était une galère. De toute façon, on avait pas le temps. Les chutes du Niagara étaient juste à côté, mais cela n’avait pas grand intérêt. On a préféré retourner à Toronto.

T : On a jamais eu envie de jouer aux États-Unis. Les routes sont interminables, les conditions ne sont pas idéales, la concurrence est énorme… C’est assez précaire. Nos amis de Breakout en sont clairement revenus. Par contre, cela peut valoir le coup si tu tournes avec un groupe identifié là-bas.

Quels spots de concert vous reviennent le plus clairement en mémoire ?

B : Il y a le TRH-Bar en plein centre de Montréal qui est assez fou. C’est un bar sur trois étages. À l’intérieur, tu as une scène pour la musique, avec un bowl et une rampe où tu peux skater sur place. Normal !

T : La rampe est énorme en plus, c’est impressionnant. On avait fini notre dernière tournée là-bas avec le groupe PL Mafia. Ils nous avaient aspergés de bière sur le dernier morceau, c’était bien le chaos. On les dédicace fort ! Ça me fait penser à un autre lieu montréalais qui s’appelle Katacombes. Une super salle qui a une âme ! À la fin du concert, les PL Mafia nous ont donné leur cachet. Ça nous a vraiment touché. Ils se disaient qu’ils étaient chez eux et qu’ils avaient moins besoin de cet argent que nous. Très peu de groupes sont capables de faire ça. Grâce à ce geste, on a pu s’en sortir sur cette tournée. On conseille aussi le Pouzza Fest, toujours à Montréal… ils « oublient » parfois un peu de payer les groupes, mais bon ! (Rires)

Au bout de trois tournées, quel est votre trajet idéal ?

B : En Ontario, on mise uniquement sur Toronto. La ville est cool ! Et sinon, on se concentre sur la partie Québecoise. Il y déjà pas mal à faire.

T : On a vraiment apprécié l’état d’esprit des Québecois. Ils te mettent à l’aise en toute occasion. C’est la détente.

B :Même en cas de galère logistique, ils trouveront toujours un moyen de régler le problème. Sur place, on a jamais connu de situation de stress.

Qu’avez-vous pensé du public Québecois ?

T : C’est un public bienveillant qui ne se prend pas la tête. Très bon délire ! Je ne pense pas qu’il y ait de public « difficile » selon les villes, comme cela peut être le cas en Europe. Au Pouzza Fest, on n’était pas au top de nos performances, mais le public était super chaud. Avec les années, on a la chance d’être un peu identifiés là-bas.

Avez-vous quelques groupes canadiens à nous conseiller ?

T : Les Big Brother de Toronto, Lost Love, Body Heist, Bhat, Filthy Radicals, PL Mafia, Bad Crow … Malheureusement, depuis 2010, beaucoup de groupes n’existent plus. La scène a pris un coup, il faut le dire.

B : Un peu comme en France. Le public est vieillissant. Les groupes aussi, fatalement !

T : C’est lié. Quand tu as du sang neuf dans les groupes, ça fédère une autre génération.

A : En tant que spectateur, tu te projettes ! Si tu ne vois que des anciens sur scène, peut-être que ça te donnera moins l’envie de t’y mettre.

Un dernier mot ?

T : Attention aux restrictions en Ontario sur la vente d’alcool !

B : Il faut quand même en vouloir pour venir jouer au Canada. Il faut anticiper la tournée et être très organisé. Mais cela vaut le coup !