Sur un coup de tête, nous avons pris la direction de Milan pour rendre visite à notre ami Marco, chanteur du groupe de hardcore My Own Voice. Après une soirée bien arrosée dans le quartier Gola, nous lui avons demandé de nous raconter sa fameuse tournée de 2017 en Malaise et en Indonésie. La parole est à toi, bello ! | Propos recueillis par Polka B.

Pourquoi avoir choisi d’aller en Indonésie ?

Marco : J’ai vécu pas mal de temps et j’ai toujours voulu y jouer. J’hallucinais quand je me rendais à des concerts… Les ambiances étaient tellement fortes ! 

Qu’est-ce qui t’as le plus frappé quand tu es arrivé là-bas ?

La vitalité. L’électricité dans l’air. J’ai été très impressionné. Il y a énormément de monde et beaucoup de choses se passent à toutes les heures. À travers mes yeux d’occidental, j’ai vu beaucoup de pauvreté mais aussi beaucoup de liberté. En Europe, j’ai toujours l’impression que tout est un peu endormi. Comme si quelque chose était fini. Que notre dynamisme est derrière nous. En Indonésie, que cela soit positif ou négatif (ça je ne peux pas juger), on sent que les choses sont en train de bouger.

Comment avez-vous monté cette tournée avec My Own Voice ?

Il se trouve qu’un jour, on a joué à Genova avec Acid Rain, un groupe de Penang. On s’est super bien entendus. Du coup, ils nous ont organisé les trois premières dates de la tournée sur la partie péninsulaire de la Malaisie. Ils sont venus nous chercher à l’aéroport dès notre arrivée. Ils étaient hyper professionnels. Ils avaient même imprimés des pass avec toutes les dates de la tournée. Ça nous a touché. Les concerts étaient vraiment très DIY, mais ils tenaient à donner le meilleurs d’eux-mêmes pour qu’on se sente bien. 

La scène punk est-elle active ?

Énormément. Ce qui nous a vraiment marqué, c’est l’atmosphère lors des concerts. C’est chaud. Très chaud même ! Ils t’accueillent comme si tu étais Sick of It All ! Je me souviens d’une date en Indonésie…

On est arrivés l’après-midi et certaines personnes nous ont accueilli avec une haie d’honneur ! On était gênés… C’est un peu trop parfois ! Mais en même temps, ils apprécient que tu aie fait tous ces kilomètres pour venir jouer. Ça représente quelque chose pour eux. Ils veulent te rendre cette chaleur.

Ce qui est fou, c’est qu’ils avaient écouté nos morceaux sur Bandcamp. Ils connaissaient les refrains ! Et ils les chantaient !


En Malaisie, les concerts avaient lieu dans des clubs ?

Oui mais pas seulement. Des fois, c’était dans des bars, des studios d’enregistrement, ou dans des box de répétition. On a joué dans un squat aussi, le « Rumah Api ». C’est à Kuala Lumpur. En Malaisie il y a un mouvement antifa qui s’oppose à un mouvement nazi skin assez présent. Du coup, on a croisé beaucoup de skins antifa. Même certains qui se baladaient avec des t-shirts « Bull Brigade » (groupe Oi antifasciste de Turin, NDLR). On a été assez surpris ! Finalement, c’était l’endroit le plus comparable à ce qu’on connaissait déjà en Europe.

À l’inverse, la quatrième date à Kuching était vraiment à part…

Pourquoi ?

Car cette ville se situe sur l’île de Bornéo. C’est une province indépendante. C’est toujours en Malaisie mais avec une culture totalement différente. On trouve beaucoup de chrétiens et des animistes. Les mecs qui sont venus nous chercher à l’aéroport avaient des dégaines de warriors. De grandes dreadlocks, des tatouages sur le visage… Ils nous ont emmené dans un petit bar quelque part dans la jungle où il y avait plein de monde. Le premier choc, c’est que tout le monde buvait de l’alcool. Ce n’est pas le cas dans l’autre partie de la Malaisie (et encore moins en Indonésie) qui est musulmane et où c’est interdit. Laisse moi te dire que pour nous, cette différence s’est traduite dans la fête !

Les gens étaient dans un état second. Ce qui est marrant, c’est qu’on n’avait quasiment rien niveau sono. Un seul micro et de toute petites enceintes. Dès le premier morceau, l’enceinte façade a cramé. On a essayé de faire quelque chose, mais les gens du public m’ont fait comprendre qu’ils s’en foutaient. « Jouez !! Juste jouez !! ». Alors on a fait du punk instrumental pendant une heure et demie ! Je criais juste sur les breaks de batterie pour qu’on m’entende. C’était sauvage. Personne ne voulait que ça s’arrête. Ce n’était plus un concert. On a fait quelque chose tous ensemble, on était connectés. Au niveau musical, on devait être à côté de la plaque. Mais c’était certainement notre meilleur concert de la tournée.

Comment s’est passée la suite de la tournée, sur la partie Indonésienne ?

Nous étions en contact avec Kunx (Bandung Pyrate Punx), qui joue dans le groupe de crust-punk Krass Kepala. Il a géré toute cette partie du tour sur l’île la plus peuplée de pays. C’est là où se trouve Jakarta. Rien à voir avec ce qu’on avait vécu la semaine d’avant ! La Malaisie, c’est une zone plutôt riche de l’Asie du sud-est.

Alors que l’Indonésie… c’est roots ! Les déplacements étaient beaucoup plus difficiles. En prenant le train, on a attendu des heures dans un wagon parce qu’un des ponts menaçait de s’écrouler ! Au niveau légal, c’est toujours un peu chaud. Tu n’es pas censé jouer là-bas ou montrer que tu as des instruments avec toi car les autorités veulent un visa ! Mais bon… avec la police tout est possible. Un jour, un flic a vu nos pieds de batterie. Il est venu nous voir en disant qu’il adorait Pantera. Du coup c’est passé ! 

Et au niveau des spots ?

On a joué dans deux squats, un box de répétition, et dans un hôtel ! Ils avaient loué une salle de conférence au septième étage. Le dernier concert devait être dans la jungle mais la police a fini par nous chasser. On s’est repliés dans un autre endroit.

Vous auriez pu faire davantage de dates sur place ?

Vraiment beaucoup plus ! Mais pour certains membres du groupe, c’était impossible. Ça m’a frustré, mais c’est comme ça.

Le truc, c’est que quand les punks locaux savent que tu es là-bas, ils te proposent des dates à la pelle. Ils sont très connectés entre eux. On aurait pu rester deux semaines de plus, largement. Après… ça fait beaucoup de dépenses en billets d’avion. C’est un gros investissement financier pour un groupe. On l’a fait pour l’expérience. C’était incroyable, on n’oubliera jamais cette tournée.

Quel est ton souvenir le plus fort ?

Il y a eu le concert de Bornéo… Je retiens aussi le concert de Perak au début du tour. Je n’avais plus de voix à cause de la clim’. Impossible de sortir un mot. Mais le public était tellement agité que j’ai trouvé un second souffle. Je me suis mis dans un état de transe. À tel point que je ne m’en souviens plus. J’ai chanté comme un diable avec mon ventre. Les gens m’ont donné cette force. J’en ai presque pleuré sous le coup de l’émotion. Un truc transcendantal s’est produit ce soir-là.