Vlaar “s​/​t” LP (2018)

Après sa chronique dédiée au groupe Mon Dragon dans le Karton #2, Germain nous emmène cette fois dans les champs reculés du Doubs à la rencontre des Vlaar. Composé d’anciens membres de Black Code et Human Compost (mais aussi des actuels Potence), ce groupe nous a marqué par sa capacité à pérenniser ses idéaux d’indépendance et de DIY dans sa vie de tous les jours (micro-brasserie, enregistrement studio, sérigraphie, poterie…). La parole est à Germain ! | Par Germain

Je sais pas vous, mais j’ai toujours eu un problème avec le peuple, en tout cas sa définition. Le peuple renvoie (le peuple vomit) à populaire et c’est aussi une notion qui m’est abstraite. Je ne me reconnais que rarement dans les mouvements, les pratiques, les idées, la culture dite populaire. J’ai l’impression que l’on décrète pour moi ce qui est ou n’est pas populaire et que c’est un jugement émis par des personnes qui n’appartiennent pas à cette classe sociale, qu’il y a de la condescendance, une certaine forme d’appropriation, une proximité feinte… Malgré tout, comme en toute situation, obligation, injonction…Je suis à la fois en dedans et en dehors.

Où se situe le punk dans cette distorsion ? Le punk est-il et doit-il être populaire ? Le punk est-il encore synonyme d’éducation populaire ?

Vlaar est pour moi un peu cette vertèbre dans la colonne vertébrale entre le sol et le cérébral. Le chaînon qui permet l’équilibre. La génération de l’après iconique scène émocrust des 90′ s’est un peu perdue dans des abysses expérimentaux plus atmosphériques, conceptuels, démonstratifs, contemplatifs…. Vlaar c’est du punk crust mélo qui ramène à l’essentiel, au sel, à la terre… double chants, un tout droit, mélodies entêtantes, houleuses, existantes… C’est l’école Potence, Death Reign. Une authenticité, mais surtout l’envie de tracer son chemin, creuser son sillon… avec détermination et exaltation.


Les textes parlent du contrôle, de soi même, par la chimie, du rapport aux addictions.
Chercher la jouissance dans mon agonie.

Du contrôle par l’ignorance, la peur.
Crée-moi un ennemi, Donne-moi quelqu’un à haïr.

Désinformer, falsifier, altérer, tromper. Du contrôle permanent, policé, policier, du temps d’ennui quotidien.
Vivre dans mes incertitudes, combler des vides par des chimères.

Se sentir bâillonné(e) asphyxié(e).

Du contrôle judiciaire, financier. Ta naissance, ta première facture. Le prix de ta vie. Ta mort, ton impudence. Ta mort.

Du contrôle de l’autre, de ses sentiments. La violence assure une fidélité erronée. Chérir par la terreur.

Du contrôle par l’assignation géographique. On m’a offert une vision erronée du monde. Les hectares qui m’entourent en illustrent ma connaissance.

Du contrôle de sa vie par la mort… ou du contrôle de sa mort par la vie.

Vlaar vit ensemble à la campagne, parmi le peuple. une authenticité culturale, rurale. Punk et populaire mais pas pour plaire pour se faire plaisir.
Simplement. Vlaar, c’est pas du crust de salon, c’est du crust anti paupérisation, du crust de moisson, du crust morte saison, du crust oraison, du crust D.raison… …du crust de proximité quoi…