Contre-Courant EP (2019)

Le rappeur du 93 Skalpel (ex- La K-Bine, et membre du groupe Première Ligne) et le bayonnais VII s’associent le temps d’un excellent projet 9 titres. Un EP à Contre-courant : old school dans la forme, mais ancré dans la réalité du monde qui nous entoure. | Par Polka B.

Revendiquant plus de vingt ans d’ancienneté au sein de l’underground français, c’est en toute logique que les deux rappeurs unissent leur forces, ravis de froisser à nouveau l’impérialisme et le cynisme des grandes puissances. Il faut dire que la pochette de l’EP (une photo d’époque de combattantes Vietcong) ne laissait aucun doute quant au contenu du disque !

Comme à son habitude, Skalpel mobilise son histoire familiale (enfant de réfugiés politiques uruguayens, issus du mouvement d’extrême gauche Tupamaros), déterminé à mettre en avant la richesse – mais aussi les souffrances – des cultures indigènes. Plutôt connu pour ses textes gores et orientés vers la fiction, VII déploie ici une fibre plus politique en mettant en avant sa trajectoire d’enfant du Pays Basque. « C’est l’addition des luttes locales qui forme la lutte internationale » disait-il en 2015. Dans le morceau « Petit Pays », les deux artistes évoquent l’environnement dans lequel ils ont grandi, réfractaires à l’idée que l’Histoire soit uniquement racontée par les vainqueurs. Une mémoire des luttes délaissant tout misérabilisme au profit de la dignité : « Petit Pays n’est pas encore mort, il chancelle mais tient debout, des racines fortes et de la terre sous les genoux ». Tout au long du disque, cet état d’esprit se prolonge du côté des injustices du quotidien (« Tant de raisons »), sous une série d’introspections plus proches du terrain de prédilection de VII (« Zone d’Ombre », « Inachevé »).

Du côté des productions, le binôme donne carte blanche à Dj Monark, artisan de lignes instrumentales boom-bap aussi mélodiques que dépouillées, entièrement dédiées à la compréhension du texte. Enfin, les fanatiques de rap français apprécieront la fine sélection de samples rendant hommage à plusieurs classiques de la fin des années 90 (« L’Impertinent » de Fabe, « De Mauvaise Augure » de Booba, ou encore « J’ai mal au mic » d’Oxmo) !

Le binôme n’aura pas réinventé sa formule ou cherché d’autres sonorités sur cet EP, mais nous livre ce qu’il sait faire de mieux : une élocution distincte, des textes forts, sincères et sans fioritures, sous l’influence musicale « Queensbridge » l’ayant bercé dans sa jeunesse. Si ce neuf titre vous laisse sur votre faim, nous vous conseillons le bonus « Collapsologie » également disponible sur le net !