ZETKIN – Interview

ZETKIN

(Punk, Pays Basque)


Interview

Créé en 2022 par Nathalie et Mari, le groupe de punk ZETKIN (référence à « Clara », révolutionnaire féministe allemande initiatrice de la journée Internationale des femmes) avait d’abord vocation à revendiquer un cri, une colère et une place dans des milieux musicaux toujours très masculins. 

Originaire de Bayonne et de ses environs, le groupe est également un outil politique au service de la défense de l’euskara, dans la lignée de l’activisme de la scène punk du pays basque depuis les années 80. Le groupe déchire en live, et a beaucoup de choses à dire ! Rencontre avec Nathalie (bassiste) et Mari (chanteuse) après un concert mémorable à la Gaztetxe de Hasparren !

| Propos recueillis par Polka B. | Illus : Dust Artwork

Comment avez-vous créé le groupe ? Quelle était votre vision à ce moment là ?

On voulait revenir sur votre éducation musicale, au sein de la scène alternative et militante basque. En quoi ce parcours a-t-il pu vous construire en tant que personnes ?

Mari : On s’est connues dans des espaces militants avec une certaine conception du Pays Basque ! C’est ce qui nous a fait devenir copines. On a une vision politique de l’oppression du peuple basque, de notre langue. Avec Nathalie, nous avons des parcours différents, mais nous avons baigné dans les mêmes mouvements musicaux qui ont accompagné ces années de lutte, de résistance et d’occupation de lieux (La Polla Records, Kortatu, Anti-Regimen…). 

Nat : Au Pays Basque, nous avons des outils de lutte d’ordre culturel, qui mettent en avant notre langue en tant que peuple minorisé. On peut citer le festival EHZ (Euskal Herria Zuzenean) qui draine énormément de monde. Ce moment musical a fait notre formation. Cela permet de réunir beaucoup de militants basques dans un moment de fête et de partage où les enjeux politiques sont centraux.

Pouvez-vous nous parler de l’importance de la langue ?

Mari : Il est primordial de préserver des espaces où l’on parle l’euskara. Même si les autres parlent français, on continue de parler basque. C’est une forme de résistance face à la langue hégémonique. On vit cette résistance de manière intersectionnelle car nous sommes des femmes. En terme de féminisme, la langue basque est intéressante car elle n’utilise pas de genre. C’est bien plus que l’usage d’une langue. Elle peut aussi déjouer des codes d’oppression tout en participant à unifier le Nord et le Sud. C’est très fort.

Au niveau de la scène punk basque, quelles sont les différences entre le Nord et le Sud ?

Mari : L’impulsion est toujours venue du Sud. D’abord en raison de la superficie. La partie Nord est beaucoup plus réduite, avec 3 petites provinces. Les 4 grandes provinces du Sud rassemblent davantage de population. La culture de résistance et d’autogestion s’est plutôt développée au Sud, car les systèmes d’oppression n’ont pas été les mêmes qu’au Nord. La culture de lutte ouvrière vient plutôt du Sud, car les grandes industries et les usines se trouvaient là-bas. La culture skinhead, les mouvements syndicaux, les grèves, les occupation d’entreprises et les ouvertures de squat s’y sont particulièrement développées. Dans ce contexte, le fait de parler le basque était aussi une revendication d’appartenance aux classes populaires.

Au sein de la scène punk basque, il semblerait que les luttes féministes aient été revendiquées plus tôt qu’ailleurs. Qu’en pensez-vous ?

Mari : Peut-être parce qu’au Pays-Basque, le punk ne peut se détacher du politique. Pour nous, cela va de soi. On envisage pas de faire de la musique sans porter de revendication. Je pense aussi que le développement des Gaztetxe a eu un impact. Cette culture de l’autogestion a eu des effets concrets. Il y a toujours eu beaucoup de meufs au sein des organisations…

Nat : J’en reviens encore aux différences entre le Sud et le Nord. Au Sud, ils ont subi de plein fouet la dictature du franquisme. C’est une histoire encore très récente. Cette pleine conscience du fascisme a fait que les évolutions progressistes se sont développées bien plus vite, dès les années 70. Tout est plus féministe, c’est vrai.







Pouvez-vous nous parler de votre dernier album Emazte Gudari sorti en 2025 ?

Nat : Il reçoit plein de lettres de soutien, acquiert un statut de sex-symbol. Si tu es une meuf, cela n’a vraiment rien à voir ! Tout le monde s’en fout. On le voit lors des hommages aux sorties de prison. Les femmes militantes emprisonnées ne sont pas du tout mises en valeur de la même manière.

Au niveau musical, en quoi ce disque se démarque du précédent ?

Mari : Nous savions aussi que nous allions faire la première partie de Fermin Muguruza (chanteur de Kortatu et de Negu Gorriak) à Bordeaux. On voulait faire les choses bien ! 

Pouvez-vous nous parler de ce live avec Fermin Muguruza ?

Mari : C’était un rêve pour nous. On s’est lancées, on lui a envoyé un mail ! Et il nous a proposé d’ouvrir pour lui à Bordeaux… Une expérience de fou !

Nat : Après notre concert, il a demandé à Mari de venir chanter « Zu Atrapatu Arte » avec lui sur scène ! Un morceau culte au Pays-Basque… Elle l’a fait à Bordeaux, et aussi à Berlin. Et ensuite au festival EHZ.

Mari : C’était une grande marque de reconnaissance. Je pense aussi que Zetkin s’inscrit dans un paysage politique qui lui parle. Ce n’est pas pour rien qu’il m’a demandé de chanter un titre de Kortatu.

Parvenez-vous à vous produire en France ?

Mari : Dis-toi qu’au départ on ne pensait même pas faire de concerts ! On était confiné.es, ce n’était pas à l’ordre du jour. Finalement, cela s’est fait un peu malgré nous. On nous a fait des propositions, et nous avons bossé les morceaux. C’était aussi le cas lors du festival Ocean Fest où nous avons ouvert pour Gojira à Biarritz. Vraiment, ce n’était pas du tout prévu !

Nat : L’été dernier, nous avons joué en Bretagne et c’était génial. On sent que quelque chose fonctionne là-bas. 

Vous pouvez-nous faire des recommandations de punk basque ?

Et des groupes plus récents ?